Ecrivain en herbe

À quoi bon vivre si nous ne profitons même pas du plaisir que la Terre nous offre ?

« Bonjour, je suis une fille jolie de 15 ans et ma vie ne me convient pas. Je fais 1 mètre 75 et je pèse 56 kilos. J'ai les cheveux blonds jusqu'aux épaules, les yeux bleu-vert et une bouche pulpeuse à la Angelina Jolie. Je ferai n'importe quoi pour avoir un peu de plaisir, quel qu'il soit. »

Voilà ce que je reçois au moins trois fois par semaine. Je ne suis pas quelqu'un de connu, d'important ou même riche. Je suis tout simplement une fille magnifique selon la société. J'ai 17 ans et je fais partie du groupe d'amis dont tout le monde veut faire part. Pourquoi ? Parce que nous sommes tous beaux et belles. Ce n'est pas un hasard, au contraire, nous n'acceptons jamais les personnes moches ou acceptables. Une grosse ? Au grand jamais, même si elle a un visage à faire tomber par terre. C'est comme ça, ce n'est pas moi qui en ai décidé ainsi. Cette décision a été prise il y a déjà bien longtemps, lorsque le groupe était seulement composé de beaux garçons athlétiques. Ils voulaient se trouver de belles filles et c'est de cette façon qu'ils ont réussi à faire grossir leur réputation et surtout, le nombre de demandes.

Le « plaisir » qu'on nous mentionne à maintes reprises dans les messages est tout simplement la drogue, l'alcool et, bien entendu, le sexe. C'est fou à quel point les ados de nos jours ne pensent rien qu'à ça, mais je n'ai rien à dire parce que je suis comme ça aussi. Chaque semaine, nous faisons au moins 3 fêtes où se retrouvent les 3 éléments de plaisir que j'ai mentionnés plus tôt. En plus de ça, nous sortons tous les soirs, et oui, tous les soirs. Nous dormons chez quelqu'un, dans un parc ou encore même en plein milieu d'un rue, mais cette option est vraiment en tout dernier recourt quand nous sommes défoncés à ne plus pouvoir rien faire.

Avant d'entrer dans ce groupe, je me posais de nombreuses questions dont j'ai maintenant les réponses.
Les parents, qu'en pensent-ils ? Ils ont renié leur enfant.
Où trouvent-ils l'argent ? La prostitution et la revente de drogue.
Mais la question que je me posais le plus, que vont-ils faire de leur futur ?
Ça, personne n'en sait rien. Nous vivons au jour le jour et aucun de nous ne s'en soucie. Nous finirons tous surement au trou ou encore nous serons tous morts d'overdose ou d'intoxication.

« À quoi bon vivre si nous ne profitons même pas du plaisir que la Terre nous offre ?  »
Voilà une devise que l'on annonce à chaque personne qui pose une question sur son futur.

Nous intégrons une nouvelle personne chaque semaine. Ça semble beaucoup, mais tout le monde ne reste pas indéfiniment. Une personne meurt tous les mois et une autre finit en prison chaque deux semaines. En plus de ça, nous en éjectons une toutes les semaines. Soit trop vieille, trop moche dû à la drogue ou elle ne supporte pas ce monde de débiles, ce que je peux comprendre.

Parlant de ça, je pense que j'en suis bientôt à ma fin. On intègre des ados de plus en plus jeunes et je commence à être fatiguée de cette vie. Mais en même temps, que suis-je supposée faire une fois sortie d'ici ? On ne pense jamais à notre futur et je n'ai plus de famille. Je pense peut-être aller dans un centre d'aide pour les jeunes avant que je sois majeure parce qu'une fois que j'aurais 18 ans, on ne voudra plus m'aider, c'est toujours comme ça, les mineurs en premier. Donc je dois me dépêcher de prendre une décision.
J'aimerais bien pouvoir vivre une belle vie quand même. Avoir un mari, 2 enfants, bien gagner ma vie en faisant un travail que j'aimerais, mais je me dis aussi qu'avec tout ce que j'ai fait et avec mon dossier criminel, je n'ai pas grande chance de m'en sortir. Oui, nous avons tous des dossiers criminels, mais ça, on ne le dit pas aux nouveaux.

Des fois je me dis aussi qu'une balle dans la tête ferait tout aussi bien le travail. Trouver un fusil est beaucoup plus simple que de se trouver la vie que l'on souhaiterait avoir.

« À quoi bon vivre si nous ne profitons même pas du plaisir que la Terre nous offre ? »
On me le répète tellement souvent ces derniers temps que je commence à croire que ce que cette phrase signifie vraiment est que si nous ne profitons pas, nous n'avons pas d'intérêt de vivre.

Mais maintenant, j'ai fait mon choix. Je veux sortir de ce groupe, mais sortir du groupe signifie de ne plus profiter.

Cela veut donc dire que je DOIS me tirer une balle.

« Bonjour, je suis une fille jolie de 17 ans aux yeux de la société et ma vie ne me convient plus. Je ne profite plus des bienfaits de la Terre, je dois donc en finir avec ma vie misérable. Je ferai n'importe quoi pour que vous me donniez une arme meurtrière, quelle qu'elle soit. »