Ecrivain en herbe

Mon automne de 12 mois - 1 sur 2

Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon coeur
D’une langueur
Monotone…
Paul Verlaine (Chanson d’automne)

 

Janvier :

Nous avons passé le premier de l’an avec des amis. Ce ne sera pas le premier de l’an le plus mémorable de ma vie.
En tout cas, à notre retour à la maison, il ne m’inspire pas forcément l’envie de recommencer avec eux l’année prochaine. Rien ne s’est passé comme je l’avais imaginé : tout avait été long à mettre en place, rien n’était vraiment prévu et nous ne connaissions pas les trois quarts des invités.
Mais je n’ai pas envie de parler de ma déception à Séverine. Si je le fais elle va me traiter de casanier, puis elle va se refermer sur elle-même. Et puis, je m’efforce que tout se passe facilement entre nous. Au final, ce n’était qu’une simple soirée.

Nous sommes le 22 janvier, on va suivre notre cours hebdomadaire de yoga. Comme nous ne vivons pas ensemble, nous avons pris la décision de partager chaque semaine une activité en commun.
Je ne suis pas un grand sportif ; nous avons donc trouvé un bon plan pour nous initier au yoga. Je mentirais si je disais que j’étais particulièrement enthousiaste à l’idée de pratiquer cette discipline. Surtout que le prof n’est parfois pas très agréable. Toutefois, l’idée de passer du temps avec Séverine, nous créer un moment à nous, rencontrer des personnes uniquement lorsque nous sommes en couple… tout ça fait que j’ai voulu continuer l’année suivante !
Je l’attends. Elle arrive et je la récupère pour que l’on rejoigne notre cours. Dans la voiture, je ne la trouve pas comme d’habitude. Elle me répond à peine et son baiser est distant. Nous arrivons devant la salle de sport lorsque je lui demande ce qui ne va pas.
« Tu sais très bien ce qui ne va pas… rien n’a changé !.... » répond-elle, résignée.
Elle m’explique que la situation n’est pas facile à gérer pour elle, qu’elle sent bien que je souhaite que les choses évoluent, mais que pour elle, c’est compliqué : elle est consciente que j’ai envie que l’on vive ensemble… mais elle n’est pas prête.
En fait, pour elle, notre histoire ne peut pas évoluer… en tout cas, pas comme je le souhaite.

Ne m’attendant pas à une telle déclaration, je ressens cela comme une douche froide. Bien sûr, notre relation n’est pas sans heurts et nous avons vécu des moments difficiles. Mais, jusqu’à présent, j’avais l’impression de tout supporter pour améliorer les choses. Lorsque Séverine rencontrait des difficultés à son travail, j’étais là pour la soutenir. Lorsqu’elle n’arrivait pas à gérer à la fois notre vie de couple et sa vie professionnelle, j’étais à ses côtés, prenant le temps de l’aider.

Cette fois, c’en était trop !... Séverine devait comprendre qu’elle ne pouvait pas remettre en question notre histoire tous les 6 mois !

Je lui réponds :
- Je n’arrive pas à croire que tu m’assènes ta décision comme ça ! Tu comptais m’en parler quand ?
- Tu sais, je me suis dit que le malaise allait passer après la soirée, comme cela est déjà arrivé parfois.
- Mais moi, je ne suis pas d’accord que tu remettes en question notre relation à tout moment.
- Malheureusement, je n’ai pas bon espoir sur son évolution.
- Dans ce cas, on va en rester là. »

La fin d’une relation de couple représente peu de chose : le temps de récupérer une quinzaine d’objets au maximum. Et voilà que Séverine reprend sa voiture. Il me semble apercevoir des larmes qui coulent de ses yeux.

Il fallait bien qu’elle comprenne. Je ne peux pas supporter seul le poids de notre histoire. Tous les 6 mois, elle remet en cause notre relation.
On passe d’une période où l’on recherche une maison à acheter, à une autre où elle abandonne tout, en se mettant à bouder. On recherche un terrain à bâtir… elle plaque tout, trouvant que, finalement, ce n’est pas une si bonne idée. En quête d’une maison dans l’ancien, on trouve la perle rare… mais finalement ce n’est pas si bien ! Chaque fois que notre histoire avance d’un ou deux pas, Séverine la fait reculer peu après de quatre ou cinq
En juin dernier, Séverine avait fait une grosse déprime et elle avait décidé de rompre.
J’étais allé la calmer, en lui demandant de bien réfléchir. Je m’étais montré attentionné, persuadé qu’elle vivait professionnellement un moment difficile. Malgré le fait que nos vacances annuelles en ont été gâchées, Séverine était revenue sur sa décision trois jours après, sans explication.

Cette fois-ci, je ne voulais pas être la victime. Cependant, notre amour étant plus fort que tout, elle va forcément comprendre son erreur et revenir !

 

Février:

Les soirées sont tristes. Dehors, il ne fait pas beau et, inhabituellement, je me suis mis à allumer des bougies le soir. Mes yeux deviennent rouges lorsque le soleil se couche. Je pense à Séverine, je ne sais pas « qui » je prie… mais je lui demande de ne plus avoir mal à l’estomac lorsque je pense à Séverine.
Tous mes collègues de bureau connaissent Séverine, mais je n’ai pas encore pu leur dire que nous étions séparés.
Eh oui, si elle revient, cela me fera bizarre.

Je regarde très souvent mon téléphone, attendant un SMS… qui ne vient pas.

Je n’aurais jamais cru que le yoga me manquerait. J’ai croisé des personnes de notre cours de yoga, mais moi, je n’y ai plus remis les pieds. Séverine, elle, a continué d’y aller ; ça ne m’étonne pas d’elle, car elle n’est pas du genre à abandonner !

J’ai arrêté de regarder les séries télé que l’on suivait ensemble. Je me sentirai trop mal de continuer à suivre les nouveaux épisodes sans Séverine.
Cela fait un mois maintenant que je n’ai plus de ses nouvelles. Elle me manque, c’est certain !
Je pense que ça doit être pareil pour elle. Peut-être qu’elle a continué le yoga en espérant me voir.
C’est ça, je dois aussi lui manquer, elle doit aussi espérer me revoir.

Je ne suis pas un grand fan des réseaux sociaux ; j’ai un compte Facebook, comme tout le monde. Je mets simplement des photos importantes pour moi. Par exemple, des images de Séverine et de moi lorsque nous sommes en voyage.
Mais depuis notre séparation, je n’ai plus rien ajouté à Facebook. Pourtant, ce soir, je reçois un appel de mon meilleur ami, qui me demande si j’ai vu les dernières photos de Séverine. Apparemment, nous sommes encore amis, car en me connectant sur sa page et je la vois à ski… toute rayonnante!
En l’imaginant heureuse, mon coeur se serre…

 

Mars :

Je ne peux pas rester comme ça. Elle fait sa vie de son côté, et moi alors ?
En me renseignant, j’apprends qu’il y a une voyante très célèbre non loin de chez moi. Je prends rendez-vous avec elle.

J’arrive dans son « bureau » ; en fait, c’est le garage de sa maison qui en fait office, aménagé en salon/café. Il doit bien y avoir six personnes qui attendent qu’on leur dise que leur conjoint les trompe… ou que leur entreprise va connaître un succès fulgurant.
Pendant que les minutes s'égrènent, je me demande ce que je fais ici. Mais bon, que puis-je faire d’autre ?
Je m’assois devant Mme Irma, qui me lance de but en blanc :
« Vous venez de vous séparer. »
Ok, là, je suis agréablement surpris ; mes 50€ ne tombent peut-être pas dans la poche d’une diseuse de bonne aventure de foire, mais je suis inquiet tout de même !
La voyante m’annonce que c’est une bonne chose que cette relation soit finie. Que je vais faire des rencontres…mais rien de durable pour l’instant. Que tout va bien se passer professionnellement. Que tout sera sans problème financièrement (« cool », je vais pouvoir la payer le coeur léger !)
Après cette visite, j’ai l’impression que mon monde est en train de s’écrouler… mais ce n’est qu’une impression.

Voilà déjà deux mois que je n’ai plus de nouvelles de Séverine.
J’ai repris contact avec une amie qui pourrait peut-être me la faire oublier. Après tout, Mme Irma m’a dit que c’était une bonne chose que ma relation soit terminée. Avec Emilie, je vais essayer de combler le vide laissé par Séverine.

 

Avril :

Le temps passe, plutôt agréablement, en compagnie d’Émilie. On fait quelques sorties agréables, et, ce qui ne gâche rien, elle est douée pour la cuisine.
Pourtant, je ne suis pas remué comme je voudrais lorsque je pense à elle.
Au contraire, certaines chansons à la radio ou sur Youtube, me rappellent sans cesse que Séverine me manque.

Bien que j’aie confiance en Mme Irma, je pense que j’ai besoin d’une aide un peu plus “pointue”.

Lorsque j’étais plus jeune, j’avais fait appel à une psychologue qui m’avait bien aidé.
Là, très clairement, ça ne va pas, je suis mélancolique et j’ai des crises de panique lorsque je pense à Séverine. Donc je pense que c’est le bon moment pour faire appel à Mme Leroy.
Je lui explique rapidement la situation et elle accepte de me voir rapidement, deux jours après… c’est dire l’importance qu’elle accorde à mon état !

À 50€ la demi-heure, j’espère que mon cas n’est pas désespéré. Je commence à croire que Mme Irma ne voit pas tout très bien. En effet Mme Leroy souhaite me voir chaque semaine (déjà, ce n’est pas bon signe), cela fait quand même 200€ par mois pour ma psychologue. À moins de bénéficier d’une belle augmentation, je ne pourrai pas tenir ce rythme longtemps.

Il faut reconnaître que Mme Leroy est de très bon conseil concernant Émilie. Elle m’aide à réaliser que je fais certainement fausse route. Bon, je dois reconnaître que je m’en doutais un peu !

Par chance, Émilie est compréhensive et accepte de mettre un terme à notre relation, en rompant tout futur contact avec moi.
Bref, je perds une amie !

 

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure…
Paul Verlaine (Chanson d’automne)

 

Mai :

Mes visites chez Mme Leroy continuent. Elle m’explique que la fin d’une relation doit être perçue comme un deuil. Et un deuil, cela prend du temps...
Elle identifie ma situation actuelle à une “dépression”. Je pense que ce n’est pas bon signe, mais je l’accepte.

Ma première décision, est de ne pas chercher à compenser l’absence de Séverine.

Ma seconde décision est de me mettre au sport. Le yoga me manque, donc je pense que je vais le reprendre. Je vais aussi essayer de pratiquer une activité un peu plus dynamique.
Pourquoi pas la course à pied ? Habituellement, je déteste ça, mais peut-être que maintenant cela va me plaire.

Je découvre quelque chose de fabuleux : désormais, j’ai du temps !
Avant je voulais constamment être en contact avec Séverine. On s’appelait le matin, entre midi et deux heures, à la sortie du boulot, le soir, etc.
Bref, quand on n’était pas ensemble, on avait tout le temps besoin de se parler.
Très franchement, j’adorais ça. Mais lorsque l’on ne s’était pas appelé, je n’étais pas bien !

Maintenant, je me rends compte que ces échanges me manquent de moins en moins.

En revanche, maintenant, j’adore organiser des soirées avec mes amis. Auparavant, tout mon temps libre était consacré à Séverine, et c’était génial. Maintenant, je l’occupe en compagnie d’amis ; je change régulièrement de groupe, pour ne pas les lasser. Et c’est très agréable.
Cela fait trois mois que je n’ai plus de nouvelles de Séverine. Depuis ses vacances au ski, elle m’a éjecté de ses amis de Facebook. Je n’osais pas me rendre sur le site, mais une amie m’a dit que je ne risquais pas de voir sa vie, puisqu’elle m’avait banni de sa liste d’amis.
En revanche, je suis allé faire un tour sur le blog d’une copine de Séverine. Et là, mon coeur s’est retourné en lisant un commentaire récent, banal, qui ne m'apprends pas grand-chose. Juste qu'elle est "vivante" et pas "malheureuse". Cela m’a fait le même effet que si je l’avais croisé dans les bras d’un autre homme.

 

Juin :

Combien de temps faut-il pour faire le deuil de quelqu’un ?
Ma psychologue m’incite à sortir et à faire des rencontres. Est-ce que cela doit m’inquiéter ?
Peut-être qu’elle considère que je suis prêt ?

En tout cas, je ne suis plus obnubilé par Séverine comme avant.
J’ai essayé de voir la vie comme me l’avait annoncé Mme Irma, de positiver. Mais je n’arrêtais pas de penser que dans ma relation avec Séverine, il y avait des moments qui étaient au top ! Si plein de petites choses m’énervaient chez elle (elle était souvent butée et il fallait tout le temps faire ce qu’elle avait décidé), je suis en manque de nos après-midi passés au lit, de nos discussions, de nos vacances en amoureux… de nos ébats…
Bon, apparemment, pour le deuil, on repassera !

Mon meilleur ami, m’indique un super site de rencontres… du premium !
À 90€, j’espère que c’en est ! Je n’ai jamais consulté ce genre de site… mais cela peut m’occuper durant quelques soirées !


C'est une histoire d'amour difficile mais très bien décrite ! Bravo