Ecrivain en herbe

Hommage à ma mère ou errance d'un tarologue de campagne

Je sais que tu es là,

Je sors mon Tarot Noir, et je te vois sauter de l’Arcane Mineure à l’Arcane Majeure, avec ton air sceptique, t’arrêtant sur Tempérance, hésitante et fébrile, repoussant La Lune, Le Soleil et Le Pape pour te fondre dans l’Arcane de l’Impératrice par simple provocation, pour m’épier, m’étudier sans concession, j’en suis sûr !

La dame aux cheveux gris, ma consultante, me parle de l’amour, celui qui arrive après, quand on n’y pense plus. Tout en rougissant, elle tire le VI, l’Amoureux, étendu maintenant, devant nous sur la table. Elle me montre un vieux monsieur sur la photo en gris. Il lui a pris la main et lui a dit des mots. La dame aux cheveux gris est veuve depuis longtemps, le chat s’en est allé au paradis des chats, le soleil n’entre plus dans sa maison fermée. Mais le monsieur a dit ces mots qu’on oublie pas, il lui a pris la main, la dames est amoureuse.

Je sais que tu es là, tu te caches, tu écoutes, maintenant tu es dans La Justice, figée et attentive. Puis, brusquement tu sautes dans Le Mat, tu t’en vas ou fais semblant car d’une simple virevolte, tu me reviens dans L’Etoile, éblouissante, faisant effet de genre. Tu me provoques, tu m’agaces, tu me déconcentres. Tu m’as donné la vie en ce début d’avril, je sais, et tu m’as tout appris je sais aussi, et tu reviens me voir, curieuse, amusée, moqueuse même.

La dame qui me parle à vingt ans maintenant, les Arcanes Mineurs illuminent ses propos et c’est le II de Coupe qui lui parle d’un couple qui se forme déjà mais c’est bien le VI de Coupe qui lui parle de l’amour éternel. Le monsieur, en lui prenant la main, a empli ses yeux bleus d’un millier d’étoiles.

C’est quand j’étais enfant, j’ai touché ton Tarot, tu m’as chassé d’un geste en criant : les cartes c’est pour les filles ! ». Mais maman, il n’y a pas de filles, juste un grand garçon, déglingué et rêveur.

La dame va partir, elle me regarde, gênée et attentive, je la serre très fort, le monsieur va l’aider à parcourir sa route, elle sera merveilleuse et pourtant bien trop courte mais l’amour sera là et c’est bien l’essentiel.

Un jour tu m’as montré le Tarot de Marseille, tu as dit « tant pis, tu as été choisi, c’est toi qui a le Don qui nous vient de très loin, de ma mère, ta grand-mère et de toutes ces femmes qui parlent avec les cartes, de l’Italie profonde et de la Rome Antique ».

La dame est partie, c’est son parfum qui reste, la douceur d’un bonheur qui envahit son cœur, ma mère est partie, c’est le Tarot qui reste, son message est unique et me parle encore d’elle.

 

 

Je sais que tu es là.

Tu reviens pour me voir, dans les cartes parfois, je sens ta vibration. Je sais que tu reviens dans mes nuits agitées, tu éclaires une image dans mon cerveau qui dort, ici un souvenir d’enfance, une carte qui passe. Je garde encore en moi la chaleur de ta main qui, déjà, doucement, s’en va vers l’au-delà.

Je sais que tu me parles mais laisse-moi du temps. Quand l’Arcane sans nom me prendra dans ses bras, quand l’Hermite, le Neuf éclairera ma route, je viendrai te rejoindre mais j’ai du temps encore…