Ecrivain en herbe

LE CHEVAL DE BOIS

LE CHEVAL DE BOIS

Les coups de pieds dans les flancs, je connais
Et je subis sans broncher, car au sol je suis cloué ;
On tire sur ma crinière, on crie dans mes oreilles,
Et du Lundi au Dimanche, chaque jour c’est pareil.

Je monte, je descends, mon corps toujours en mouvement,
Et ceci pour l’immense joie des petits et des grands ;
Accompagné d’un air d’orgue de barbarie,
Qui récite inlassablement les mêmes litanies.

Toujours au même rythme, ca tourne sans cesse,
Et j’endure les pleurs autant que les cris d’allégresse ;
Me disant qu’il y aura sûrement des jours meilleurs,
Et je compte les secondes, les minutes et les heures.

Je suis un cheval de manège, assidu et travailleur,
Jamais je n’ai rechigné à mon dur labeur ;
Mais j’ai, comme tout un chacun, des rêves d’évasion,
Que j’avoue bien utopiques pour un tel canasson.

Alors, quand ma journée est achevée,
Que la musique routinière s’est enfin arrêtée,
Qu’enfants et parents ont regagné leurs logis,
Et que le manège, pour la nuit, s’est endormi,

Je ferme les yeux et soudain, je me sens léger,
Mes jambes paraissent, de leurs entraves, délivrées ;
L’herbe grasse crisse sous mes sabots et le nez au vent,
Je trotte, je cours, je folâtre, je me détends.

Je peux enfin aller où bon me semble et galoper,
Sans poids sur ma croupe, ni coups de talons enragés ;
Je suis libre comme l’air, humant avec une joie exquise,
Les effluves d’une liberté fraîchement acquise.

Je vis une expérience inédite et unique,
Sous le regard bienveillant de la lune magique ;
Jouissant d’une exaltation sans égale,
D’aussi loin que je me souvienne, mémoire de cheval.

Mais voilà, par définition, un rêve n’a qu’un temps,
Et il suffit de rouvrir les yeux pour qu’en un instant,
La vie reprenne son cours et que nos visions les plus folles,
Comme par enchantement, s’envolent.

Cheval de bois je suis né, cheval de bois je resterai,
Et tourner sans relâche, mon devoir, je ferai ;
Le manège est ma maison et les enfants ma raison d’être ;
Une nouvelle journée commence et je dois m’y remettre.

Il était quand même beau mon rêve….