
Autrice de romance historique · Lyon
12 ans d'expérience · 6 romans publiés
Interview réalisée par la rédaction d’Écrivain en Herbe
Parcours et vision de la romance
Q1 — Comment êtes-vous devenue autrice de romance historique à Lyon ?
Mon parcours d’autrice n’est pas né d’un claquement de doigts, mais d’une passion cultivée au fil des ans, profondément ancrée dans l’histoire et les récits humains. J’ai toujours été fascinée par le XIXe siècle français, une période de grands bouleversements sociaux, artistiques et technologiques, mais aussi une époque où les conventions sociales pesaient lourdement sur les individus, et particulièrement sur les femmes. C’est à Lyon, ma ville d’adoption et d’inspiration, que tout a vraiment commencé. J’ai d’abord nourri cette passion en participant à des ateliers d’écriture créative, où j’ai pu explorer différentes formes narratives et affiner ma plume. Ces ateliers ont été un véritable déclic, une révélation. J’ai découvert le plaisir immense de donner vie à des personnages, de construire des intrigues et de recréer des ambiances d’antan.
Après plusieurs années d’apprentissage et de persévérance, j’ai finalement publié mon premier roman en 2014. Ce fut une étape marquante, l’aboutissement d’un rêve et le début d’une merveilleuse aventure. Depuis, j’ai eu la chance de publier six romans chez des maisons d’édition indépendantes françaises, ce qui m’a permis de toucher un public fidèle et de continuer à explorer cette période riche et complexe. Mon expérience en tant qu’autrice m’a naturellement menée à transmettre cette passion. Aujourd’hui, j’anime moi-même des stages d’écriture créative et enseigne les techniques du roman sentimental dans diverses associations culturelles lyonnaises. C’est un véritable cercle vertueux : écrire nourrit mon enseignement, et enseigner nourrit mon écriture. Pour découvrir l’histoire du genre en France, l’article Wikipédia sur le roman sentimental offre un panorama utile.
Q2 — Qu’est-ce qui distingue la romance d’un simple roman avec une histoire d’amour ?
C’est une excellente question, car la distinction est souvent mal comprise par ceux qui ne sont pas familiers avec le genre. Un “simple roman avec une histoire d’amour” peut avoir une romance comme toile de fond ou comme élément secondaire de l’intrigue, mais ce n’est pas le cœur même du récit. Dans la romance, l’histoire d’amour est le moteur principal, le fil rouge qui structure toute la narration. L’évolution de la relation entre les deux protagonistes est au centre de l’attention, et tous les autres éléments – l’intrigue secondaire, le cadre historique, les personnages périphériques – servent à la faire avancer ou à créer des obstacles à surmonter pour le couple.
Un point crucial qui définit la romance est sa promesse au lecteur : celle d’une fin heureuse, ou du moins d’une fin heureuse pour l’instant (Happily Ever After ou Happy For Now, HEA/HFN). C’est un contrat tacite avec le lecteur qui cherche à vivre une expérience émotionnelle positive, à voir l’amour triompher des défis. Le voyage émotionnel des personnages est primordial : on explore leurs doutes, leurs peurs, leurs désirs, et la manière dont ils grandissent individuellement et en tant que couple. Les conflits, qu’ils soient internes (les failles des personnages) ou externes (les obstacles sociaux, familiaux, historiques), sont là pour renforcer le lien et prouver la force de leur amour. La romance est donc un genre qui met l’accent sur l’intimité émotionnelle, la psychologie des personnages et la célébration du pouvoir transformateur de l’amour, bien au-delà d’une simple aventure sentimentale. Pour poser les bases structurelles de votre projet avant d’explorer la romance, notre guide complet pour écrire un roman offre une méthode applicable à tous les genres.
Q3 — Comment construisez-vous vos couples de personnages principaux ?
La construction d’un couple crédible et captivant est, à mon sens, l’un des piliers fondamentaux de la romance historique. Je commence souvent par définir leurs individualités avant même de les faire se rencontrer. Quels sont leurs rêves, leurs peurs, leurs blessures passées ? Quelles sont leurs forces et leurs faiblesses ? J’aime créer des personnages qui, au premier abord, semblent très différents, voire opposés, mais qui possèdent en réalité une complémentarité profonde. Cette dynamique crée une tension initiale intéressante, un “ennemies-to-lovers” ou “opposites attract” qui est très efficace.
Ensuite, je réfléchis à l’alchimie entre eux. Ce n’est pas seulement une question d’attirance physique, mais surtout une connexion intellectuelle et émotionnelle. Comment se stimulent-ils mutuellement ? Qu’est-ce que l’un apporte à l’autre pour le faire grandir ou le pousser à dépasser ses limites ? Je cherche à créer des personnages qui ont des objectifs individuels clairs, mais dont les chemins vont se croiser et se mêler, les obligeant à reconsidérer leurs priorités. Leurs interactions doivent révéler leurs personnalités et faire progresser la relation. J’accorde aussi beaucoup d’importance aux dialogues, qui doivent être vifs, authentiques et révéler les sous-entendus. Enfin, il est essentiel que chaque personnage ait son propre arc de développement. Ils ne doivent pas seulement tomber amoureux, mais aussi évoluer en tant qu’individus grâce à cette relation. Le couple doit être plus que la somme de ses parties, et les défis qu’ils affrontent ensemble doivent les transformer profondément. Notre dossier complet pour créer des personnages mémorables propose des techniques directement applicables à vos protagonistes de romance.

Méthode d’écriture et recherche historique
Q4 — Quelle est votre méthode d’écriture au quotidien — planification ou intuition ?
Ma méthode d’écriture est un équilibre subtil entre planification rigoureuse et intuition créative, un mélange que j’ai affiné au fil de mes douze années d’expérience. Pour mes romans historiques, la planification est absolument indispensable. Je ne peux pas me permettre d’improviser sur des détails historiques ou des événements majeurs. Je commence toujours par une phase de recherche intensive sur la période, les mœurs, les lieux, les vêtements, la politique du XIXe siècle français. Cela me permet de construire un cadre solide et crédible pour mon histoire.
Une fois cette base établie, je me lance dans l’élaboration d’un plan détaillé. Je suis ce qu’on appelle une “plotter” : j’esquisse les grandes lignes de l’intrigue, les points clés de l’arc narratif, les rebondissements majeurs et l’évolution de la relation du couple. J’établis des fiches pour chacun de mes personnages, détaillant leur passé, leurs motivations et leurs objectifs. Cependant, même avec un plan bien ficelé, je laisse toujours une large place à l’intuition. Car c’est souvent au moment d’écrire, au cœur de l’action, que les personnages prennent vie et me surprennent. Un dialogue inattendu, une réaction émotionnelle plus profonde que prévu, ou même un petit détail qui n’était pas dans le plan peut surgir et enrichir considérablement l’histoire. C’est là que l’intuition prend le relais, guidant ma plume pour explorer des nuances imprévues. Ce va-et-vient entre structure et spontanéité est, pour moi, la clé d’une écriture à la fois maîtrisée et vivante.
Q5 — Comment gérez-vous les blocages créatifs ?
Les blocages créatifs, ah, le cauchemar de tout écrivain ! J’ai appris, avec le temps, qu’ils font partie intégrante du processus. Plutôt que de les combattre de front en m’acharnant devant mon écran, ce qui ne fait qu’aggraver la frustration, j’ai développé plusieurs stratégies pour les contourner. La première est de m’éloigner de mon manuscrit. Je vais faire une longue promenade à travers les rues de Lyon, visiter un musée, lire un livre qui n’a rien à voir avec mon projet en cours, ou simplement prendre un café en observant le monde. Ce changement d’environnement et d’activité permet à mon esprit de se libérer, de se reposer et, souvent, de trouver des solutions inattendues.
Parfois, le blocage vient d’un problème plus profond dans l’intrigue ou le développement des personnages. Dans ce cas, je retourne à mes notes, à mes fiches de personnages, et j’essaie d’identifier le nœud du problème. Est-ce un manque de motivation pour un personnage ? Un rebondissement qui ne sonne pas juste ? Je n’hésite pas à en parler avec d’autres auteurs ou avec mon cercle de relecteurs. Le simple fait d’expliquer l’impasse à quelqu’un d’autre peut parfois faire émerger la solution. Je pratique aussi l’écriture libre : j’écris sans contrainte, sans jugement, tout ce qui me passe par la tête, même si ça n’a aucun rapport avec mon roman. Cela aide à débloquer le flux des mots. Et, bien sûr, la recherche historique peut aussi être une source d’inspiration inattendue. En me replongeant dans les détails d’époque, je trouve parfois le petit élément qui va relancer l’intrigue ou un trait de caractère pour un personnage.
Q6 — Quel rôle joue la recherche historique dans vos romans du XIXe siècle ?
La recherche historique est absolument fondamentale et indissociable de mon travail d’autrice de romance historique. Pour moi, le cadre du XIXe siècle français n’est pas qu’un simple décor ; il est un personnage à part entière, avec ses propres règles, ses contraintes et ses opportunités qui façonnent la vie de mes protagonistes. Une connaissance approfondie de l’époque permet de créer un univers crédible et immersif, où le lecteur peut se sentir transporté. Je passe énormément de temps à consulter des archives, des journaux d’époque, des correspondances, des mémoires, et bien sûr des ouvrages spécialisés sur l’histoire sociale, politique, économique et culturelle du XIXe siècle.
Cette rigueur historique ne se limite pas aux grands événements ou aux figures célèbres ; elle s’étend aux détails du quotidien : comment s’habillait-on, que mangeait-on, quelles étaient les conventions sociales, les technologies disponibles, les mentalités ? Tous ces éléments influencent directement les choix et les actions de mes personnages, ainsi que les obstacles qu’ils doivent surmonter. Par exemple, les attentes envers les femmes, les mariages arrangés, les différences de classe sociale sont autant de sources de tension et de drame qui nourrissent l’intrigue romantique. La recherche me permet non seulement d’éviter les anachronismes, mais aussi d’enrichir mes récits de détails authentiques qui donnent vie à l’époque. Je me nourris aussi des autrices qui m’ont précédée dans cette voie. Les femmes créatrices qui ont marqué la littérature française m’ont montré que la rigueur historique et l’émotion romantique ne sont pas contradictoires, mais peuvent se sublimer mutuellement pour créer des œuvres profondes et captivantes.
Q7 — La romance est-elle un genre sous-estimé dans la littérature française ?
Absolument. Je pense que la romance est encore trop souvent reléguée au rang de littérature de divertissement légère, voire dénuée de profondeur, en particulier en France. On la compare rarement à la « littérature blanche » ou aux genres plus « nobles ». C’est un préjugé tenace, souvent teinté de sexisme, car historiquement, ce genre est majoritairement écrit et lu par des femmes. Pourtant, la romance, dans ses meilleures expressions, explore des thèmes universels : l’amour, le désir, la perte, la rédemption, la construction de soi. Elle exige une maîtrise fine des arcs narratifs, une profondeur psychologique des personnages et une capacité à créer des émotions authentiques.
Heureusement, les choses évoluent. Les réseaux sociaux ont joué un rôle majeur en permettant aux lecteurs de s’organiser, de partager leurs coups de cœur et de faire entendre leur voix. De plus en plus d’éditeurs généralistes ouvrent leurs catalogues à la romance, et des maisons d’édition spécialisées gagnent en visibilité. Des associations comme « Romance France » travaillent activement à promouvoir le genre, à soutenir les auteurs et à organiser des événements. L’émergence de prix littéraires dédiés à la romance contribue également à sa légitimation, en récompensant la qualité et en attirant l’attention sur des œuvres remarquables. Ces initiatives sont cruciales pour changer les mentalités et montrer que la romance est un genre littéraire à part entière, avec ses codes, ses exigences et sa richesse. C’est un combat de longue haleine, mais nous avançons.

La romance : légitimité et conseils
Q8 — Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui veut écrire sa première romance ?
Pour quelqu’un qui se lance dans l’écriture de sa première romance, mon premier conseil serait de lire ÉNORMÉMENT dans le sous-genre qui l’attire le plus. Qu’il s’agisse de romance historique, contemporaine, paranormale, ou de fantasy romantique, il est crucial de comprendre les codes, les tropes et les attentes des lecteurs. Cela vous aidera à trouver votre propre voix tout en respectant les conventions du genre.
Ensuite, concentrez-vous sur vos personnages. Une bonne romance repose sur des protagonistes auxquels on s’attache, avec des failles, des désirs et des motivations claires. Leurs arcs émotionnels sont essentiels : comment évoluent-ils individuellement et en couple ? La tension romantique ne doit pas être précipitée ; construisez-la pas à pas, à travers des regards, des dialogues, des obstacles, des scènes de quasi-contact. Le « slow burn » est souvent plus gratifiant pour le lecteur.
Une erreur classique des débutants est de tomber dans la narration trop explicative ou le coup de foudre non justifié. Montrez les émotions plutôt que de les dire. Laissez de l’espace pour l’interprétation. N’ayez pas peur des conflits, internes ou externes ; ce sont eux qui donnent du relief à l’histoire et rendent la résolution plus satisfaisante.
Enfin, ne restez pas seul. Rejoignez des communautés d’auteurs de romance en ligne ou en personne. Les groupes de bêta-lecteurs sont une mine d’or pour obtenir des retours constructifs. L’entraide est précieuse. Écrire une romance est un marathon émotionnel, et avoir un soutien est fondamental. Amusez-vous et laissez votre cœur guider votre plume ! Au-delà de la méthode, affiner sa voix d’auteur est essentiel : notre guide pour développer son style littéraire explore les outils concrets pour donner une signature à sa prose.
Les dialogues étant au cœur de la romance, notre dossier sur écrire des dialogues percutants propose des techniques directement applicables aux scènes de tension romantique.
Questions rapides — Idées reçues sur la romance
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“La romance c’est facile à écrire, ça ne demande pas de recherches”
- Faux. La romance exige une maîtrise narrative, une profondeur psychologique des personnages et, pour certains sous-genres comme l’historique, des recherches minutieuses. Ce n’est jamais “facile” de créer une histoire captivante et émotionnellement riche.
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“Les fins heureuses rendent la romance prévisible”
- Faux. Le “Happy Ever After” (HEA) ou “Happy For Now” (HFN) est une convention, mais la prévisibilité ne réside pas dans la fin, mais dans le cheminement. Les obstacles, les doutes, les rebondissements et l’évolution des personnages sont ce qui rend chaque histoire unique et passionnante.
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“La romance historique est réservée aux femmes”
- Faux. Si le lectorat est majoritairement féminin, de nombreux hommes lisent et apprécient la romance historique, attirés par l’immersion dans une autre époque, les intrigues complexes et les personnages forts. Le genre dépasse les clivages de genre.
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“Il faut écrire vite pour suivre les tendances du marché”
- Faux. La qualité prime toujours sur la quantité. Se précipiter peut nuire à l’intrigue, aux personnages et à la cohérence. Il est plus important de développer une voix unique et une histoire solide que de chercher à coller à des modes éphémères.
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“La romance ne peut pas aborder des thèmes sérieux ou sociaux”
- Faux. La romance est souvent un véhicule puissant pour explorer des thèmes complexes : santé mentale, injustices sociales, deuil, résilience, identité. Elle permet d’aborder ces sujets à travers le prisme des relations humaines et de l’espoir.